L’Old English Mastiff Club a été fondé en 1883, à l’occasion d’un meeting organisé au Crystal Palace (Londres), à l’instigation du Dr Forbes Winslow. C’est en ce même lieu, en 1872, qu’une exposition réunit 80 Mastiffs ! Dès sa première année d’existence, le comité ne ménagea pas ses efforts, réunissant ses membres dix fois au cours de l’année 1883 !
Le standard du Mastiff fut rédigé la même année, et à quelques détails près, celui qui sert de trame à la sélection actuelle est quasiment identique (le standard de 1883 n’a connu que trois actualisations, en 1890, 1949 et 1985). Dès cette époque, l’OEMC a noué des relations avec des amateurs américains, dont M. Wade, considéré comme l’un des précurseurs de la sélection outre-Atlantique. En 1884, le comité de l’OEMC fut confronté à un dilemme : celui-ci concernait un pedigree falsifié, celui de Crown Prince, né dans l’élevage d’un des membres du comité. Le résultat fut de circonstance puisque le club décida de ne pas poursuivre ses investigations à l’encontre de l’éleveur, faute de preuves suffisantes… Le contrôle ADN n’était pas encore né…
Une table de pointage destinée au juge fut établie. Il en ressortait que le museau était un élément déterminant, représentant 18 points sur 100. La couleur de robe était également un autre sujet important aux yeux des responsables de l’élevage. Nombre d’entre eux considéraient que le coloris abricot était l’originel et non le fauve ou le bringé.
Une liste de juges fut publiée en 1886 et dans celle-ci apparaissait le nom d’une des personnes les plus estimées dans l’univers Mastiff : M. Taunton fut en effet un auteur important pour la promotion et la connaissance de la race mais également un éleveur talentueux, sortant de son élevage des sujets de premier plan tels Hosput, Ch Beaufort (1894) considéré à l’époque comme le Mastiff idéal. La même année, était publié le premier livre sur la race, History of the Mastiff, écrit par M B Wynn (réédité récemment par Peregrine Press UK). L’auteur était l’un des pionniers de la sélection de la race outre-Manche, ayant notamment participé activement à la création en 1872 du Mastiff Club (aujourd’hui disparu). En 1890, près de 200 Mastiffs furent inscrits au livre des origines du Kennel Club mais ces débuts prometteurs ne trouvèrent pas de suite.
En 1900, le nombre de naissances retomba à 24 ! Un chien fit parler de lui par ses succès en exposition : il s’agissait du mâle Peter Piper (en photo ci-contre). Le premier conflit mondial fit de sérieux ravages dans l’élevage, notamment dans ceux qui comptaient un cheptel important. Ces derniers durent réduire de façon drastique leur production. Dans les années 20, l’activité reprit mais de nombreux chiens aux origines douteuses (issus de croisements avec des Bullmastiffs) semèrent le doute dans l’élevage. En 1930, le club comptait une centaine de membres.
Les principaux affixes en activité étaient Havengore (en photo ci-contre, le mâle Drake of Havengore né en 1956 chez Mr Scheerboom, président du Club entre 1967 et 1977), Hellingly, Broomcourt, Cleveland, Goldhawk, Hollesley que les amateurs de généalogie peuvent retrouver dans l’ascendance de nombreux mastiffs contemporains. En 1939, tous les efforts entrepris furent presque réduits à néant jusqu’en 1946. Cette année-là, le cheptel était disséminé et peu important. Les amateurs tentèrent de le reconstituer mais malheureusement, la plupart des chiens qu’ils trouvèrent étaient trop âgés et consanguins.
C’est au cours de l’assemblée générale de 1947 qu’une décision capitale fut prise : importer de jeunes reproducteurs des USA afin de reconstituer la base d’élevage britannique !
Rappelons que la production pendant la guerre se résuma à deux portées ! Des adultes furent envoyés aux USA afin d’échapper à une mort certaine (famine, bombardements, …). A la fin de la guerre, une femelle issue d’une de ces deux nichées se distingua par sa prolificité : malheureusement, cette Sally of Coldblow, à la fin des années 40, était présente dans quasiment tous les pedigrees. L’impérieuse nécessité de rafraîchir les courants de sang explique pourquoi les Anglais se tournèrent vers les Américains…
L’OEMC s’impliqua tellement dans ce sauvetage que le Kennel Club accepta d’enregistrer dans son stud book les chiots importés au nom du club. Ceci explique pourquoi, dans les années 50, de nombreux chiots portaient le préfixe OEMC en guise d’affixe. Parmi les importés du Canada et des USA, l’étalon Weyacres Lincoln ( en photo ci-dessus ) devint un élément très important dans le renouveau de la sélection anglaise. Ce mâle fauve était né le 13 novembre 1952 de Withybush Magnus et Peach Farm Priscilla.
En exposition, le Mastiff retrouva une certaine popularité mais ce n’est qu’à partir de 1951 qu’il put à nouveau être exposé à Crufts. En 1952, le Kennel Club autorisant à nouveau l’attribution du CC’s (Challenge Certificate) dans la race, tous les espoirs étaient permis. En 1962, le 1er Championnat du Club fut inauguré avec 57 chiens inscrits qui furent jugés par Mrs Dickin, une passionnée qui occupa le poste de secrétaire à l’OEMC pendant 32 ans !
En 1967, Mrs Pam Day devint présidente du club, une association pour laquelle elle se dévouait depuis 1947 au sein du comité. Son affixe, Hollesley a produit de grands ténors de l’élevage britannique dont le fameux Hollesley Medecine Man ( en photo ci-contre ). Pam fut l’une des rares éleveuses qui parvint à sauver tout ou partie de son cheptel pendant la deuxième guerre mondiale. C’est chez elle, en 1983, qu’eut lieu l’exposition du Centenaire. C’est l’étalon Ch Bredwardine Beau Ide’Al, sortant d’une des sélections majeures de l’élevage actuel, celle de MM Thomas et Tugwell, qui remporta le Best of Breed.
Aujourd’hui, sans être à la mode, le Mastiff a conquis tous les continents, mais c’est aux USA, de loin, que se trouve la plus importante population. Au Royaume-Uni, tout comme dans la majorité des pays impliqués dans la sélection, l’accent est mis sur la santé, la longévité et le bien-être du Mastiff, trois fondamentaux indissociables du type et de l’équilibre caractériel pour pérenniser 120 ans de sélection officielle !
Ci-contre, étude de tête d’un des Top Mastiff anglais, Fernaught The Barbarian.